J’espère que vous avez tous pu profiter d’une pause estivale bien méritée. Je vous partage aujourd’hui quelques réflexions après les vagues successives de canicules, la sécheresse et les incendies qui ont touché toute l’Europe.
Selon moi, ce que cet été révèle, c’est un double échec : alors que nous ne préparons toujours pas le système alimentaire à être plus résilient, notamment aux conséquences d’un climat plus changeant et plus chaud, nous ne faisons pas non plus face à la part de responsabilité de l’agriculture et de l’alimentation dans ces changements.

Alors que l’on voit à longueur d’articles, de tribunes et d’éditoriaux des discussions sur la meilleure façon d’adapter nos transports, notre production énergétique et nos bâtiments aux futures vagues de chaleur, je suis surpris par le peu de discussions (sérieuses) consacrées à l’agriculture. Quand c’était le cas, le secteur était presque toujours présenté comme une victime, jamais comme un contributeur massif (du quart au tiers des émissions mondiales selon les mesures) aux événements que l’on traverse.
Les conséquences des chaleurs extrêmes, des sécheresses ou des inondations ne se limitent plus à des graphiques montrant d’éventuelles baisses de rendement. Elles indiquent également quels aliments pourront être produits et dans quelles régions. Et cela ne concerne pas seulement les végétaux : l’élevage est lui aussi touché. En France, jusqu’à trois millions de poulets sont morts lors de la vague de chaleur de fin juin. Dans toute l’Europe, des producteurs laitiers ont signalé une baisse de production, les vaches souffrant du stress thermique. La simple adaptation, poussée à l’extrême, comme en Suisse, où l’armée a dû acheminer de l’eau par hélicoptère jusqu’à des élevages bovins, ne sera pas suffisante.
Dans ce domaine comme dans d’autres, nous devons désormais mettre l’idéologie de côté pour déterminer quels systèmes pourront rester viables dans un climat plus chaud, tout en améliorant le bien-être animal et en réduisant les émissions.
L’adaptation n’est pas une cause perdue, loin de là. Les solutions sont nombreuses et on peut les diviser en trois catégories :
- Les améliorations low-tech immédiatement accessibles, mais viables uniquement dans un climat qui ne varie pas trop : ventilation, meilleure gestion de l’eau…
- Les solutions AgTech et FoodTech : races animales plus tolérantes à la chaleur, cultures plus résilientes, gestion de l’eau s’appuyant sur l’intelligence artificielle, robotique ou encore protéines alternatives.
- Les transformations structurelles et culturelles, qu’il s’agisse d’adopter de nouvelles cultures ou d’affronter le débat sur la réduction de notre consommation de produits animaux.
Le problème n’est donc pas l’absence de solutions. Il tient à notre préférence pour celles qui laissent le système actuel presque intact et, surtout, à notre refus d’avancer sur celles qui exigent de modifier les modes de production et de consommation.
À mesure que les objectifs climatiques deviennent plus difficiles à atteindre, les entreprises et les gouvernements pourraient être tentés de détourner leur attention et leurs ressources (déjà limitées) de la réduction des émissions pour les consacrer à la protection des systèmes de production existants. L’adaptation pourrait alors devenir le dernier prétexte en date pour repousser les décisions difficiles.
Ce serait une erreur fondamentale alors que le système alimentaire est en première ligne face au changement climatique. Les acteurs de l’agriculture et de l’alimentation, des agriculteurs aux dirigeants de l’industrie, doivent accepter deux réalités : ils comptent parmi les premières victimes du changement climatique… mais aussi parmi ses principaux contributeurs. Ils ne peuvent pas attendre que les autres secteurs agissent tout en considérant les transformations de la production agricole et des régimes alimentaires comme politiquement intouchables.
Réduire les émissions sans adapter le système alimentaire le rend vulnérable. Adapter sans réduire les émissions ne fait que gagner du temps. Faire l’un sans l’autre ne constitue pas une stratégie plus viable que de mettre le débat sous le tapis.
Top 5 des levées FoodTech en juillet et août
🐟🇩🇪 Oceanloop, une startup allemande, a levé 38,5 M€ pour construire des fermes aquacoles terrestres en Allemagne et aux Canaries.
💳🇺🇸 inKind, une plateforme américaine de financement pour les restaurants, a levé 414 M$ (principalement en dette). Elle combine un financement initial pour les restaurants avec l’accès à cinq millions de convives qui utilisent sa plateforme de réservation.
💊 🇬🇧 IM8, une startup cofondée par David Beckham, a levé 1 Md$ pour son complément alimentaire « tout-en-un » via un mécanisme de financement non dilutif inhabituel, couvrant jusqu’à 70% des coûts d’acquisition client et remboursé par une part plafonnée des revenus générés. C’est inédit, tant par le format du financement que par son montant. IM8 croît à un rythme rarement observé pour une marque D2C et témoigne d’un fort appétit des consommateurs pour le healthy ageing et la longévité (en particulier pour les produits premium).
🍽️🇺🇸 Wonder, une startup américaine, a levé 650 M$ à une valorisation pré-money de 9 Md$ pour accélérer la croissance de sa plateforme intégrée de livraison de repas. Au-delà de la croissance, ces fonds serviront à investir dans de nouveaux domaines, comme la robotique, en amont d’une introduction en Bourse.
☕🇬🇧 Reformed, une startup britannique, a levé 22 M$ pour développer à l’international sa marque de café et de matcha fonctionnels. Ses produits associent des boissons de spécialité à des ingrédients tels que le collagène et la créatine.
Top 5 des infos sur les tendances et les grands groupes
🍫🇮🇹 Ferrero, le géant italien de la confiserie, va racheter Purely Elizabeth, une marque américaine de petit-déjeuner « better-for-you » proposant granola, porridge et céréales. Après le rachat de WK Kellogg, cela confirme la volonté de Ferrero de construire une plateforme de petit-déjeuner allant du grand public aux produits premium de wellness.
🥚🇺🇸 The EVERY Company a annoncé un partenariat avec ADM pour lancer aux États-Unis la commercialisation d’OvoPro, sa protéine de blanc d’œuf issue de fermentation de précision, qui sera produite dans les usines d’ADM.
🍠🇯🇵 Le retournement d’Okinawa, passée de leader mondial de la longévité à une mortalité prématurée supérieure à la moyenne chez les hommes plus jeunes, montre à quelle vitesse la santé d’une population peut se dégrader.
🥩🇧🇷 JBS, le plus grand groupe mondial de viande, abandonne un objectif climatique clé, en renonçant à sa cible net zéro d’ici 2040 qui couvrait les émissions Scope 3 de ses fournisseurs, arguant de la difficulté à tracer les émissions indirectes du bétail qu’il achète (il est toutefois difficile de croire que cette complexité n’a été découverte que récemment).



























